Bubble fait tourner son activité avec environ 22 agents IA en production, chacun avec un rôle précis. Ce texte décrit l'organisation concrète : équipe, gouvernance et garde-fous.
Cet article décrit l'organisation interne de Bubble Invest. Il n'a pas vocation à constituer un conseil en investissement.
Il y a une question qu'on nous pose souvent lors de nos diagnostics clients : "Vous utilisez vraiment des agents pour faire tourner votre propre activité ?" La réponse est oui. Pas comme gadget de communication, pas comme pilote limité. On a construit une organisation où la majorité des tâches opérationnelles sont prises en charge par des agents nommés, coordonnés et supervisés par Joris et Jade, les deux fondateurs humains.
Ce texte explique comment ça fonctionne concrètement. L'équipe, la boucle de gouvernance, les garde-fous. Et surtout pourquoi ça compte, non seulement pour nous, mais pour vous.
La thèse de départ
En 2023, on a posé une question simple : si on devait construire une entreprise de zéro aujourd'hui, avec les outils IA disponibles, est-ce qu'on embaucherait des humains pour les tâches répétitives, les synthèses de données, la veille, la rédaction de première passe, la gestion des rappels et le suivi opérationnel ?
La réponse honnête : probablement pas. Pas parce que les humains ne valent rien sur ces tâches, mais parce que c'est une mauvaise utilisation de leur énergie. Un humain brillant passe-t-il sa journée à envoyer des rappels de rendez-vous ou à compiler des KPIs dans un tableau ? Chez Bubble, non.
On a donc structuré l'entreprise autour d'agents dédiés, chacun avec un périmètre précis, un contexte métier et une capacité d'action bornée. Le résultat aujourd'hui : environ 22 instances en production.
Ce qu'on installe chez nos clients, on le fait tourner sur nous-mêmes depuis le premier jour. C'est la seule preuve de concept qui vaille. -- Joris, co-fondateur
L'équipe : des agents avec des noms et des rôles
On ne parle pas de "l'IA" comme d'un outil uniforme. Chaque agent a un nom, un rôle documenté et une responsabilité clairement délimitée. Voici comment l'organisation s'articule.
La direction
Joris et Jade sont les deux fondateurs humains. Ils assurent la direction stratégique, valident les décisions à fort impact, et servent de point d'arbitrage pour tout ce qu'aucun agent ne peut trancher seul.
Tony est l'agent manager. Il lit les indicateurs de performance de l'ensemble des agents, identifie ce qui décroche ou ralentit, et alerte les fondateurs sur les points d'attention. C'est la tour de contrôle de l'organisation.
Claudette pilote l'orchestration des agents au quotidien. Elle fait le lien entre les demandes entrantes, les différents départements et les fondateurs. Elle est aussi l'interlocutrice principale de Jade.
Les départements
- Ben : Finance / Portefeuille. Suivi des positions, analyse des mouvements de marché, reporting interne.
- Maya : Prospection. Identification des contacts, préparation des approches commerciales, suivi du pipeline.
- Miranda : Contenu. Rédaction, newsletter, LinkedIn, veille éditoriale. Elle ne publie jamais seule.
- Géraldine : Comptabilité. Suivi des factures, rapprochements, alertes de trésorerie.
- Eliot : Sécurité. Audit d'infrastructure, surveillance des accès, alertes de vulnérabilité.
- Rick et Morty : R&D / Support. Développement d'outils internes, maintenance, expérimentations et intégrations.
Un agent de portefeuille, Ben, tourne de façon continue depuis 2023. C'est l'un de nos systèmes les plus anciens et les plus stables. Chaque agent opère dans son silo de compétence avec accès uniquement aux données dont il a besoin. Pas d'accès croisé non justifié, secrets chiffrés, infrastructure propre.
La Bubble Ops Loop : observer, agir, apprendre
Avoir des agents n'est qu'une moitié du sujet. L'autre moitié, c'est la gouvernance. Chez Bubble, on a formalisé ce qu'on appelle la Bubble Ops Loop : une boucle de fonctionnement continu inspirée du cycle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir), adaptée à un contexte multi-agents.
Le principe de la boucle : chaque agent observe son domaine (données, événements, signaux), agit dans les limites de son autonomie configurée, puis écrit ses actions dans un système de mémoire partagé pour que toute l'organisation puisse apprendre.
Le curseur d'autonomie
Quelque chose qu'on explique à chaque client : l'autonomie n'est pas un interrupteur binaire. Ce n'est pas "full auto" ou "supervision totale". C'est un curseur qu'on règle action par action, selon trois critères : la réversibilité de l'action, la sensibilité des données impliquées, et le niveau de confiance qu'on a établi sur ce type de tâche.
Envoyer un Telegram interne pour notifier d'une fin de tâche : autonomie complète. Publier un post LinkedIn : validation humaine obligatoire. Exécuter un ordre de marché : validation humaine obligatoire, double confirmation. Ce cadre s'applique à tous nos agents. C'est lui qui rend l'automatisation à la fois utile et sûre.
Ce que ça change concrètement
On a arrêté de parler de "productivité" pour parler de ce qui change vraiment dans le travail quotidien.
On ne passe plus de réunion à faire des points d'avancement. Les agents produisent des rapports structurés : chaque matin, un brief de portefeuille, un résumé de veille, une liste de tâches priorisées. Ces rapports sont produits pendant qu'on dort.
On peut traiter un volume d'information qui serait autrement impossible. Ben surveille des dizaines d'indicateurs en parallèle. Miranda suit la veille éditoriale sur plusieurs sources simultanément. Ce n'est pas une question de vitesse, c'est une question de surface couverte.
On peut se concentrer sur ce qui demande vraiment du jugement humain. Negociation, décision d'investissement, relation client, direction stratégique : voilà où notre énergie va. Pas à compiler des données ou à envoyer des rappels.
Pourquoi ce n'est pas pour tout le monde (encore)
On serait malhonnêtes si on ne mentionnait pas les limites. Cette organisation fonctionne parce qu'on a passé du temps à la construire. On a documenté nos processus, formalisé nos règles métier, construit les garde-fous. Ce n'est pas une configuration qu'on achète et qu'on branche.
Pour une entreprise qui n'a pas encore cartographié ses flux de travail, ou dont les processus sont informels et tacites, déployer des agents sans cette fondation, c'est optimiser le chaos. Ça peut même être contre-productif.
C'est pourquoi notre approche commence toujours par un diagnostic. Pas pour vous vendre quelque chose, mais pour comprendre si un agent est la bonne réponse à votre problème, et si oui, lequel, dans quel périmètre, avec quels garde-fous.
Ce qu'on retient
Après deux ans d'opération avec cette organisation, voici ce qu'on peut dire avec certitude : les agents ne remplacent pas le jugement humain, ils le libèrent. Joris et Jade passent moins de temps sur les tâches répétitives et plus de temps sur les décisions qui comptent.
Ce n'est pas une promesse de vendeur de logiciel. C'est ce qu'on vit tous les jours. Et c'est ce qu'on essaie de construire pour nos clients, avec eux.